J'avais 42 ans et un projet de livre vieux de dix ans. Dix ans. Une idée que je trainais comme un boulet — ou plutôt comme un rêve que je repoussais à chaque fois qu'il pointait le bout de son nez. Trop occupé, pas assez talentueux, pas le bon moment. Les excuses ne manquaient pas.
Ce livre, c'était le récit de mon père. Maçon immigré du Portugal dans les années 1970, il avait traversé des choses que je voulais mettre en mots avant qu'elles ne s'effacent définitivement. Lui ne les écrirait jamais — il ne le souhaitait pas, ne savait pas vraiment comment. Moi, j'avais les mots mais pas la méthode. Et les années passaient.
C'est par hasard que j'ai découvert que l'IA pouvait m'aider. Pas une IA généraliste qui génère du texte à partir de rien — mais un outil conçu spécifiquement pour accompagner l'écriture de livres. En l'espace de quatre mois, j'avais un manuscrit de 240 pages. Voici ce que j'ai appris.
Dix ans de tentatives infructueuses : le diagnostic
Avant de parler de la solution, il faut comprendre le problème. Pourquoi est-ce que je n'avais pas réussi à écrire ce livre pendant dix ans, malgré une motivation réelle et sincère ?
La première raison était la disproportion entre la tâche et le temps disponible. Je travaille à temps plein, j'ai deux enfants. Écrire un livre demande des heures consécutives de concentration profonde — exactement ce que la vie quotidienne ne permet pas facilement. Chaque fois que j'ouvrais mon fichier Word, j'avais l'impression de devoir d'abord tout relire pour me remettre dans le bain. Résultat : je passais la première heure à relire, et je n'avais plus d'énergie pour écrire.
La deuxième raison était le perfectionnisme paralysant. J'écrivais une phrase, je la trouvais nulle, je la réécrivais cinq fois, j'abandonnais. Je voulais que le premier jet soit le jet final. C'est une erreur monumentale que font tous les primo-auteurs.
La troisième raison était structurelle : je ne savais pas comment organiser un livre. J'avais des anecdotes, des scènes, des souvenirs — mais pas de plan. Je ne savais pas dans quel ordre raconter les choses, comment faire la jonction entre les épisodes, comment gérer le rythme.
« L'IA a résolu les trois problèmes à la fois — non en écrivant à ma place, mais en me permettant d'avancer sans me bloquer sur chaque obstacle. »
Comment j'ai commencé : les premières semaines
J'ai commencé par une phase que l'outil appelle « collecte ». Pendant trois semaines, j'ai enregistré des conversations avec mon père — des interviews informelles, autour d'un café, où je lui posais des questions sur sa vie au Portugal, la traversée, les premières années en France. J'ai aussi enregistré mes propres souvenirs d'enfance, mes observations d'adulte.
Interviews enregistrées avec mon père, enregistrements de mes propres souvenirs, rassemblement de photos et documents de famille.
Organisation de la matière en thèmes, construction du plan en 12 chapitres avec l'aide de l'IA.
Un chapitre par semaine, en alternant sessions de dictée et sessions de révision des propositions de l'IA.
Harmonisation du style, corrections factuelles, relecture par trois proches, mise en forme finale.
Ce qui m'a frappé dès le début, c'est la qualité des questions que l'outil me posait pour m'aider à approfondir chaque épisode. Des questions auxquelles je n'aurais pas pensé moi-même : « Comment votre père s'est-il senti la première fois qu'il a eu un salaire en francs ? », « Quel objet a-t-il emporté du Portugal, et qu'est-il devenu ? » Ces détails concrets, une fois récupérés, ont donné une densité à mon récit que je n'aurais pas su lui donner seul.
La rédaction assistée : ce qui se passe concrètement
Pour chaque chapitre, je fournissais à l'IA ma matière brute : les transcriptions d'interviews, mes notes, parfois un paragraphe que j'avais écrit moi-même. L'IA produisait alors une première version rédigée — et là, les choses devenaient intéressantes.
La première version était toujours meilleure que ce que j'aurais écrit seul en deux heures. Pas parfaite — jamais. Mais suffisamment bonne pour que je puisse travailler dessus plutôt que devant une page blanche. Psychologiquement, c'est une différence énorme : annoter et améliorer un texte existant demande un tout autre type d'énergie mentale que créer depuis rien.
Ce que je corrigeais principalement : les formulations trop lisses qui sonnaient « texte de présentation » plutôt que récit vivant, les détails factuels que seul je connaissais (le nom de rue, l'odeur particulière de l'appartement, la phrase exacte que mon père disait), et le ton émotionnel quand l'IA le manquait — ce qui arrivait souvent sur les passages les plus intimes.
Ce que l'IA ne peut pas remplacer : votre présence dans l'histoire. Les moments où vous, narrateur, prenez position, exprimez une émotion, ou tirez une leçon. Ces voix-là doivent venir de vous, et l'IA le sait : elle les signale comme des espaces à compléter.
Les vrais gains : temps, régularité et confiance
Le gain le plus évident est le temps. Un chapitre qui m'aurait pris deux semaines à écrire seul en prenait trois à quatre jours en travaillant avec l'IA. Sur un livre de douze chapitres, c'est une économie considérable — et surtout, ça maintient l'élan. L'ennemi du primo-auteur, c'est le découragement qui s'installe quand les semaines passent sans résultat visible. Avancer vite, voir les chapitres s'accumuler, nourrit la motivation.
La régularité aussi était différente. J'ai pu travailler par sessions de 45 minutes à une heure — ce qui rentrait dans mes contraintes du quotidien — au lieu d'avoir besoin de grandes plages de quatre heures. L'IA mémorisait le contexte, le style déjà établi, les personnages déjà introduits. Je pouvais reprendre là où j'en étais sans la phase de relecture-réinitialisation qui me coûtait si cher.
Mais le gain le plus inattendu a été la confiance. Voir que les textes produits étaient de bonne qualité — même imparfaits — m'a donné la conviction que le projet était réalisable. Ce n'était plus une chimère. C'était un travail concret, avec des livrables mesurables. Cette bascule psychologique a tout changé.
Ce que j'aurais fait différemment
Avec le recul, j'aurais passé plus de temps sur la phase de collecte initiale. J'ai commencé la rédaction un peu tôt, avec une matière encore incomplète, et j'ai dû faire des allers-retours pour compléter certains chapitres avec des détails que j'aurais pu recueillir dès le début.
J'aurais aussi fixé des jalons plus explicites : « Le chapitre 1 est terminé quand j'en suis satisfait à 80 % ». Le perfectionnisme guette même quand on travaille avec l'IA — la tentation de peaufiner indéfiniment un chapitre existe toujours. Il faut apprendre à lâcher prise et avancer.
Le résultat : un livre qui existe
Quatre mois après avoir commencé sérieusement, j'avais un manuscrit de 240 pages que j'ai fait imprimer en 50 exemplaires pour offrir à la famille. Mon père a pleuré en le lisant — ce qui était à la fois l'effet escompté et une surprise que je n'avais pas anticipée de façon aussi frontale.
Ce livre n'aurait pas existé sans l'IA. Non pas parce que je suis incapable d'écrire, mais parce que les obstacles pratiques — le temps, la structure, le perfectionnisme — m'auraient encore arrêté. L'IA a été le partenaire qui m'a permis de contourner ces obstacles l'un après l'autre.
Si vous avez un projet d'écriture qui stagne depuis des mois ou des années, je vous encourage vraiment à essayer. Pas pour « faire écrire l'IA à votre place » — cette crainte est légitime mais mal fondée, vous verrez rapidement que votre implication reste centrale. Mais pour trouver un rythme, une méthode, et un collaborateur qui ne juge pas et ne se décourage pas. Des outils comme Plume sont conçus exactement pour ce type de projet — et l'essai ne coûte pas grand-chose.
L'histoire de votre père, de votre grand-mère, de votre propre vie — elle mérite d'exister en dehors de votre tête. Ne la laissez pas s'effacer.